Introduction :
Frères et Sœurs,
Hier samedi, Père Daniel est décédé, et il est au milieu du chœur des moines, selon notre tradition bénédictine. Il préside en quelque sorte notre fête de la Toussaint, lui qui a eu la grâce de nous quitter pour aller fêter avec Dieu et tous les saints, au ciel.
Et demain, le jour de la célébration des défunts, nous allons le conduire au cimetière tout en célébrant le mémoire de tous nos défunts, spécialement les moines qui reposent déjà dans notre cimetière.
C’est une grâce particulière de pouvoir ainsi célébrer aujourd'hui la Toussaint en veillant sur Père Daniel qui vient de nous quitter pour la Gloire du ciel, et de le conduire demain en terre auprès de tous les moines qui nous ont précédés en ce monastère.
Au moment de commencer la célébration de la messe de la Toussaint, reconnaissons que nous avons besoin du pardon de Dieu pour pouvoir entrer pleinement dans la grâce de cette fête. Sûrs de son pardon, déjà, bénissons-Le.
À la fin de la première lecture, tirée de l’Apocalypse, Saint Jean nous décrit ce qu’il a vu lorsqu’il fut invité à monter au Septième Ciel, si ce n’est dans le ciel même et devant le trône de Dieu et de l’Agneau. Nous nous réjouissons du bonheur des saints qui se trouvent habituellement en présence de Dieu et de l’Agneau.
Nous avons là une ébauche de la gloire du ciel et de la joie des anges et des saints de chanter la gloire de Dieu. Mais, le fait de célébrer en une seule fête tous les saints du ciel n’ajoute rien à leur gloire, rien à leurs mérites. C’est en réalité pour nous-mêmes que nous célébrons tous les Saints. Ils doivent nous montrer le chemin de la sainteté, et ils nous invitent, ils nous encouragent. Ils nous donnent la force, la grâce, pour les suivre jusqu’à un jour nous retrouver avec eux auprès de Dieu dans le ciel.
Les saints au ciel voient Jésus couronné de gloire, glorifié par les anges et les archanges. Nous qui sommes encore en chemin en ce monde, nous connaissons Jésus couronné d’épines, avançant seul sur le chemin de sa passion et de sa mort, pour nous sauver. Jésus nous montre le chemin, il l’a ouvert pour nous. Il nous a enseigné comment vaincre la souffrance, la douleur, comment éviter de succomber aux tentations et grandir ainsi en sainteté.
C’est pourquoi nous avons entendu dans l’Évangile les Béatitudes. Les Saints n’ont pas besoin de les entendre, mais nous si.
Heureux les pauvres de cœur, heureux les doux, heureux les miséricordieux…
C’est tout un programme, qui s’adresse à chacun de nous, que nous soyons chrétien, pratiquant ou non, que nous soyons moine ou religieux… Et, pour nous moines, Saint Benoît, au chapitre 7 de sa Règle, propose un chemin similaire pour progresser en sainteté : les douze degrés de l’Humilité. Nous avons là aussi de quoi nous diriger sur notre route humaine avant de nous retrouver auprès de Dieu et de tous les saints.
Saint Jean, dans l’épître que nous avons entendue, nous rappelle combien Dieu le Père nous a aimés, nous aime. Et il précise :
Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.
Nous sommes aimés de Dieu dès maintenant, durant notre pèlerinage sur terre, mais ce qui nous attend dans l’au-delà dépasse notre entendement. Nous y sommes invités, et Jésus nous a enseigné comment vivre pour atteindre cet amour infini avec tous les Saints, Bienheureux, Anges et Archanges. Si nous pratiquons les enseignements de Jésus, de Saint Paul, nous serons parmi ceux dont l’ange disait :
Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres,
avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu.
Serviteurs de Dieu dès cette vie, suivant le Christ dans sa Passion, nous serons ensuite invités à Le suivre dans la gloire. En ce jour de fête de tous les saints, demandons-leur de nous montrer le chemin de la sainteté, pour pouvoir vivre ensuite pour toujours auprès de Dieu et de tous les saints. Que la participation à cette eucharistie nous fasse goûter tant soit peu à la joie des saints qui voient Dieu face à Face. Et que la communion au corps du Christ nous aide à avancer sur notre route terrestre et à persévérer sur la voie de la sainteté.
(d’après le sermon 5 pour la Toussaint de Saint Bernard)
Père Bernard-Marie
