Comme souvent, la première lecture et l’Évangile de ce jour se répondent. Le prophète Ezéchiel rappelle à ses contemporains, de la part de Dieu, qu’ils doivent obéir à la Loi et qu’ainsi ils vivront. Que le juste ne se détourne pas de sa justice, que le méchant se détourne du mal pour faire le bien, et le monde sera en paix et nous vivrons dans la sécurité.
Lorsqu’il propose son énigme aux grands prêtres et aux anciens du peuple, Jésus ne leur reproche que le fait de n’avoir pas écouté le Baptiste. Mais sa pensée va certainement plus loin, comme nous le trouvons dans d’autres de ses paroles :
Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : “C’est un possédé !”
Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites :
“Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” (Lc 7,33-s)
Jésus veut donc faire comprendre à ses interlocuteurs qu’Il est le successeur du Baptiste, et que sa parole a plus de poids que la sienne. Malheureusement, comme ils ont refusé de suivre Jean, les chefs du peuple vont également refuser de suivre Jésus. C’est par un comportement saint, exempt de toute manipulation, avec des enseignements clairs, que Jésus essaye de faire comprendre qui Il est et pourquoi Il est venu. Les disciples eux-mêmes auront bien du mal à comprendre. Même si Saint Pierre affirma un jour :
Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. (Mt 16,16)
Il fallut attendre la résurrection de Jésus pour que les disciples eux-mêmes réalisent vraiment qui était leur Maître. Et l’extrait de l’épître de Saint Paul aux Philippiens que nous avons entendu en seconde lecture affirme clairement que Jésus est le Fils de Dieu.
Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu…
Jésus « savait » qu’il était le Fils de Dieu, mais il ne le fit découvrir à ses disciples que très progressivement. Et, comme mentionné à l’instant, même Saint Pierre ne comprit pas vraiment ses propres paroles. Jésus ne souhaitait pas avoir des disciples-robots, mais des personnes qui adhéreraient à son enseignement et qui Le suivraient, non pas pour les grâces et les dons à recevoir, mais par amour, par amour pour Lui, par amour de Dieu.
Et Saint Paul continue, parlant de Jésus :
…il s’est anéanti, … devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
Et quelques versets plus haut, avant de montrer le Christ comme notre exemple, Saint Paul rappelle :
ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes.
Au début du chapitre 5 de sa Règle, Saint Benoît nous dit :
Le premier degré de l’humilité est l’obéissance sans délai.
C’est en quelque sorte un condensé du tout l’extrait de l’épître aux Philippiens. Le Christ, qui s’est fait obéissant, par humilité, nous montre le chemin. Il nous invite à Le suivre sur cette voie, voie de sainteté pour nous moines, mais aussi pour chaque chrétien qui veut se donner à Dieu, à sa famille, au service de l’humanité dans laquelle nous vivons.
Une fois qu’on a dit « oui » à Dieu, Il nous aide à avancer sur le chemin de la conversion, Il nous invite à avancer avec Lui, pour Lui, n’importe quel état de vie que nous ayons choisi. C’est cela le chemin de sainteté dont le Pape Léon a parlé au Jeunes vendredi soir :
Au fur et à mesure que nous avançons sur ce chemin de la sainteté,
il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien.
Il ne s’agit pas d’un principe abstrait, ni d’une affirmation évidente :
choisir le bien est l’acte propre de la liberté par lequel celle-ci se réalise,
se rectifie et mûrit.
L'acte de la liberté, sous le regard de Dieu, est cet acte d’obéissance et d’humilité qui nous permet de progresser en l’amour de Dieu et de nos frères. Demandons à Dieu dans cette eucharistie, de nous conformer toujours plus à Sa Volonté vers une sainteté toujours plus grande, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
Père Bernard-Marie
