Nous terminons aujourd'hui le Temps Pascal, avec la fête de la Pentecôte. Cette période, plus que tous les autres temps liturgiques, a un fort enracinement dans la tradition Juive.
La Pâque juive rappelle la libération du peuple Hébreu et le passage de la Mer Rouge à pieds secs sous la houlette de Moïse. Cinquante jours plus tard, au pied du Mont Hermon, en plein désert, le Peuple recevait de Dieu, par l’entremise de Moïse, les Tables de la Loi avec les dix commandements, gravés sur ces tables du doigt de Dieu.
Jésus a transformé ces deux fêtes juives en solennités chrétiennes. C’est lui-même qui passa la Mer Rouge de la mort à pieds secs pour nous rouvrir le chemin vers la véritable Terre de la Promesse, le ciel. Nous pouvons désormais Le suivre, et c’est là qu’Il nous accueillera une fois notre pèlerinage terrestre achevé.
Saint Jean ne nous a pas donné beaucoup d’éléments de la chronologie entre la mort de Jésus et le don de l’Esprit Saint aux apôtres. Pour l’évangéliste, la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte ont été simultanés, comme nous le rapporte la péricope évangélique que nous venons d’entendre. Et la première phrase de ce texte situait bien le moment :
C'était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine.
Mais, étant donné la difficulté pour nous, chrétiens de base, de vivre les trois fêtes le même jour, nous acceptons le décompte que nous donne Saint Luc, tant dans son Évangile que dans les Actes des Apôtres, dont nous avons entendu en première lecture le don de l’Esprit aux disciples réunis dans la Chambre Haute à Jérusalem pour les fête de la Pentecôte juive. L’irruption de l’Esprit Saint sous forme de flammes de feu, le tonnerre que les habitants de Jérusalem entendirent, rappelaient les événements sur le Mont Sinaï lorsque le Seigneur se faisait entendre et qu’Il conversait avec Moïse. Les foules ne s’y sont pas trompées, qui accoururent pour voir et entendre le phénomène.
C’est bien ce lien entre le don de la loi sur le Mont Horeb, et le don de l’Esprit Saint sur le Mont Sion, à Jérusalem que l’Église a voulu perpétuer. Nous sommes les héritiers de la nouvelle Pentecôte, avec le don de l’Esprit, non plus seulement à quelques privilégiés, les prophètes et les sages de l’Ancient Testament, mais à chacun de nous.
C’est ce que prophétisait Ézéchiel dans l’oracle suivant :
Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ;
j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair.
Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes prescriptions,
et que vous observiez et pratiquiez mes ordonnances. (Ez 36,26-27)
Après avoir reçu l’Esprit-Saint le jour de la Pentecôte, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, les apôtres parlaient les langues de tous les peuples réunis à Jérusalem pour la fête. Aujourd'hui nous ne recevons pas un tel don, mais un autre. Par le don de l’Esprit nous parlons la langue maternelle de tous les peuples, à savoir la langue de l’amour. C’est la langue de Dieu lui-même, qu’il met dans notre cœur, sur notre langue. Nous sommes invités à parler cette langue, à temps et à contretemps, pour proclamer les merveilles de Dieu, ici et maintenant et dans tous les événements de notre vie.
Demandons à Dieu le Père, à son Fils, de nous envoyer leur Esprit-Saint, l’Esprit d’Amour entre le Père et le Fils, afin qu’il nous comble de ses grâces, qu’il comble de grâces le monde entier, qui a tant besoin d’amour et de paix. Prions spécialement que l’Esprit inspire les responsables de toutes les guerres qui ravagent le monde, afin qu’ils œuvrent pour la paix. Que notre participation à cette Eucharistie fasse de nous de vrais témoins de l’amour de Dieu pour nos proches et pour le monde entier.
Père Bernard-Marie
