Homélie·13 juillet 2026·0 vues·0 j'aime·0 favoris
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Jubilé de 200 ans avec moines et moniales de notre filiation

Solennité de Saint Benoît, moine

Frères et sœurs,
Aujourd’hui, nous sommes rassemblés sur cette montagne : moines et moniales, frères et sœurs venus des maisons que l’histoire, la prière et la filiation rattachent à la communauté du Mont des Cats. Nous célébrons deux siècles de vie cistercienne : deux siècles de recherche de Dieu, d’écoute, de persévérance, de chutes et de relèvements. Ce qui a commencé ici dans la modestie s’est répandu en bien des lieux comme une bénédiction silencieuse. Ainsi la parole du Seigneur prend chair aujourd’hui parmi nous : celui qui quitte à cause de son nom recevra le centuple et aura en héritage la vie éternelle.
Les lectures de cette célébration nous en donnent la tonalité. Le livre des Proverbes nous invite à rechercher la sagesse comme on cherche un trésor caché. Paul tient tout pour perte afin de gagner le Christ et de le connaître. Et Pierre demande dans l’Évangile : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre ; quelle sera donc notre part ? » Ainsi se dessine le chemin de la vie monastique : chercher, quitter, suivre.
Un jubilé n’est jamais seulement un regard tourné vers le passé. Il est un réveil de grâce. La Règle de saint Benoît s’ouvre elle aussi par cet appel : « Levons-nous donc enfin. » Nos yeux sont invités à s’ouvrir de nouveau à la lumière divine, nos oreilles à se rendre attentives à la voix qui nous appelle chaque jour. Cette fête ne nous demande donc pas seulement ce qui a été vécu ; elle nous demande aussi : à quel réveil le Seigneur nous appelle-t-il aujourd’hui ?
Il y a deux cents ans, les trappistes de Notre-Dame du Gard arrivaient au Mont des Cats. Ils s’inscrivaient dans une histoire plus ancienne, marquée par la présence des Antonins et des ermites. La devise de l’abbaye, tirée du psaume 55, exprime cette vocation : « Voici que je me suis éloigné du monde en fuyant, et que j’ai établi ma demeure dans la solitude. »
Trois mots résonnent dans cette devise : fuga, solitudo, stabilitas. Fuga : quitter ce qui nous éloigne de Dieu. Solitudo : le désert où Dieu parle au cœur. Stabilitas : demeurer, habiter, persévérer. Des générations de moines sont entrées dans cette abbaye sous ce signe ; d’autres ont franchi la même porte pour porter ailleurs un commencement nouveau.
Ainsi Tilburg, Frattocchie, La Fille-Dieu et Maromby sont devenus, chacun selon sa grâce propre, des lieux où la même vocation a continué de vivre dans un autre contexte : refuge, mémoire de fidélité, renouveau de la vie cistercienne, prolongement missionnaire de la prière et de l’espérance.
Nous ne célébrons donc pas seulement une généalogie monastique, mais un mystère de fécondité. La vocation monastique paraît parfois pauvre et cachée : quitter, se taire, prier, travailler, demeurer. Mais l’Évangile nous apprend à regarder autrement. Celui qui quitte pour le Christ ne se perd pas dans le vide ; il est introduit dans une famille plus vaste et reçoit le centuple : dans des communautés qui continuent de prier, dans des hôtes qui trouvent la paix, dans des frères et des sœurs qui se portent les uns les autres.
Les Proverbes nous rappellent que la sagesse ne se trouve pas à la surface des choses : elle se cherche. Tel est aussi le service rendu par les monastères à l’Église et au monde : demeurer des lieux d’attention. Dans le silence, la vie commune, la liturgie et le travail, la vie ordinaire s’ouvre à la présence de Dieu.
St. Paul affirme que tout est perte en comparaison de la connaissance du Christ. Il ne méprise pas la création ; il découvre la vraie mesure. Toute chose trouve sa juste place lorsque le Christ reçoit la première place. Voilà pourquoi la vie monastique demeure, aujourd’hui encore, un signe prophétique : il est une joie qui ne naît que de l’abandon.
Nous pouvons donc rendre grâce, mais sans nous installer dans la satisfaction de nous-mêmes. Les deux cents ans du Mont des Cats ne sont pas un musée à habiter, mais un appel à reprendre la route. Paul le dit : « Oubliant ce qui est en arrière et tendu vers ce qui est en avant, je cours vers le but. » Telle est l’attitude d’une tradition vivante : elle ne garde pas en s’immobilisant, mais en se remettant sans cesse en marche vers le Christ.
Rendons grâce aujourd’hui pour tous ceux qui nous ont précédés : pour les générations de moines qui ont prié et travaillé ici, et pour ceux qui, à partir du Mont des Cats, ont fondé de nouvelles communautés ou aidé d’autres maisons à reprendre vie. Rendons grâce pour Tilburg, Frattocchie, La Fille-Dieu, Maromby et pour tous les lieux touchés par cette filiation : branches d’un même arbre vivant, enraciné dans la même recherche de Dieu.
Que ce jubilé nous réveille. Qu’il nous apprenne à chercher la sagesse comme un trésor caché. Qu’il nous rende libres, avec Paul, de tout ordonner au Christ. Et que le Seigneur nous donne d’expérimenter que celui qui quitte à cause de son nom ne s’appauvrit pas, mais entre dans le centuple de sa grâce, dès maintenant, et un jour pleinement dans la vie éternelle. Amen.
 

Dom Bernardus Peeters, Abbé Général ocso.