Dans les missels anciens, l’incipit des extraits du discours après la Cène de l’Évangile selon Saint Jean disait ceci :
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples…
Alors que nous allons bientôt célébrer l’Ascension de Jésus, il est bienvenu de préciser que Jésus a enseigné ses disciples avant de les quitter. Avant de les quitter définitivement et de leur laisser la tâche de diriger et d’enseigner l’Église qui allait naître de ces onze apôtres et les quelques 72 autres disciples de Jésus.
La confusion est voulue, pourrait-on dire, par la liturgie. Mais on peut aussi imaginer que les apôtres, durant le dernier repas avant la Passion de leur Maître, étaient bien incapables de comprendre la profondeur de ce que Jésus leur enseignait à ce moment précis. Il leur faudra encore la venue de l’Esprit Saint à la Pentecôte pour vraiment comprendre le pourquoi du comment des derniers événements, dramatiques, de la vie et de la mort de leur maître. Puis il faudra la relecture de tous les événements à la lumière de la résurrection, de l’Ascension et de la Pentecôte, pour que Saint Jean nous propose sa relecture.
Déjà, dès le début de son Évangile, Jean nous rappelle la mission du Fils, avec des mots mystérieux au premier abord, mais lourds de sens et lourds de la divinité du Fils :
Le Verbe était la vraie lumière qui illumine tout homme.
Il était dans le monde, et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas reconnu.
Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom,
il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. (Jn 1,9…12)
Les disciples non plus n’ont pas reconnu au premier abord la divinité de Jésus. Même si Pierre affirma un jour haut et fort :
Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. (Mt 16,16)
Mais peu après, dans le même évangile de Saint Matthieu, Jésus lui répondit vertement Arrière Satan ! (Mt 16,23) montrant que Pierre avait parlé sous l’action de l’Esprit mais qu’il ne comprenait pas vraiment ce qu’il venait d’affirmer. De plus, lors de l’arrestation de Jésus au Jardin de Gethsémani, tous s’enfuirent.
Pour en revenir à l’Évangile selon Saint Jean, rappelons-nous cette autre affirmation de Pierre, après le discours sur le Pain de Vie :
Vers qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de vie éternelle.
Et nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. (Jn 6,68-69)
Ces paroles ont été prononcées tout au début de la vie publique de Jésus, alors que tout semblait réussir au jeune Maître. Mais, plus les foules accouraient pour écouter Jésus et se faire guérir, plus l’opposition entre Lui et les chefs religieux du peuple devenait palpable. C’est pourquoi il était important pour Jésus d’enseigner à ses disciples ce qu’ils auraient à faire après son arrestation et sa mort.
C’est tout le sens du « testament spirituel » que Jésus proclame lors de ce dernier repas avec ses disciples, peu avant son arrestation :
Restez fidèles à mon enseignement,
si vous m’aimez, le Père vous aimera,
et je vous enverrai l’Esprit Saint.
(adaptation libre du texte que nous avons entendu)
Si aujourd'hui nous recevons cet enseignement de Jésus, et de l’Église, c’est pour le vivre à notre tour. Depuis Noël, nous avons suivi Jésus dans sa vie terrestre, et dans les dernières semaines du Temps Pascal nous préparons notre esprit à vivre sans la présence réelle du Jésus terrestre parmi nous. La vie de l’Église prend tout son essor après l’Ascension et la Pentecôte, et nous avons à vivre le Temps de l’Église, qui durera jusqu’à la consommation des siècles.
C’est pourquoi, dans la prière d’ouverture de ce matin nous avons demandé au Père :
Accorde-nous de célébrer avec ferveur le Christ ressuscité :
Que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme.
Que la participation à cette eucharistie nous conforte dans notre conscience que Dieu est avec nous et qu’il dit aussi à chacun de nous :
Celui qui m’aime sera aimé de mon Père,
Moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui.
Père Bernard-Marie
