Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. (Lc 4,27)
C’est le reproche que donna Jésus lorsqu’il enseigna dans la synagogue de Nazareth, au tout début de son ministère, tel que nous le rapporte l’évangéliste Saint Luc.
Jésus, tout au long de sa vie, a toujours regretté que les Juifs, eux qui avaient eu la Parole, la Loi, les Prophètes, furent tellement réticents à recevoir son message, la Bonne Nouvelle. Les Évangiles abondent d’exemples en ce sens. Toujours, et jusqu’à sa mort en croix, Jésus a espéré que ses contemporains se convertiraient et croiraient en Lui. Face à leur endurcissement, Jésus ne pouvait que louer la foi des étrangers… C’est ce qu’il fit dès sa première intervention dans la synagogue de Nazareth, citée à l’instant. Dans la bouche de Jésus, c’était un reproche envers ses contemporains. De même, dans l’évangile de ce matin, Jésus regrette que seul ce Samaritain, un « étranger » soit revenu sur ses pas pour rendre gloire à Dieu.
Comment se fait-il que le Peuple de Dieu, à qui Dieu,
à bien des reprises et de bien des manières, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes (He 1,1)
comment se fait-il qu’il n’a pas entendu, qu’il n’a pas vu les œuvres de Dieu réalisées par Jésus durant sa vie publique ?
Le Peuple de Dieu, sûr de ses prérogatives et de sa supériorité, n’a pas vu, n’a pas voulu voir, que Jésus était Celui que les prophètes avaient annoncé, Celui qui allait restaurer la relation d’amour avec le Dieu de ses Pères.
Nous ne pouvons pas en vouloir aux contemporains de Jésus. Combien de fois, tout au long de l’Histoire Sainte, de l’Histoire de l’Église, nous constatons que les plus grands Saints ont été rejetés par leurs contemporains, même par les prêtres, les évêques, parfois les membres de l’Ordre qu’ils ont créé ou qu’ils souhaitaient réformer. Pour n’en citer que quelques-uns, pensons à Saint François d’Assise, Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix.
Même l’histoire cistercienne connaît de telles erreurs de jugement. Déjà Saint Bernard s’opposa frontalement à l’émergence de la théologie qu’initia Abélard et qui trouva son achèvement au siècle suivant avec Saint Thomas d’Aquin.
Nous devons souvent nous reposer la question de notre engagement. Que ce soit dans la vie de couple, dans la vie monastique, parfois même dans la vie professionnelle. Qu'est-ce qui nous a motivés, qu'est-ce qui nous motive encore aujourd'hui ? C’est pourquoi Saint Paul nous rappelait :
souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts,
le descendant de David : voilà mon Évangile.
Voilà le cœur de notre foi. Jésus, le Christ, le Fils de Dieu le Père, s’est fait homme, a souffert et est ressuscité des morts. Et, pour cela, pour le Christ, Saint Paul affirme avec force :
C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur.
Peu d'entre nous aurons à subir des souffrances ou des persécutions comme Saint Paul et nombre de saints à travers les âges. Essayons tout de même, du mieux que nous pouvons, de vivre et de témoigner de notre foi au quotidien.
C’est à nous que s’adresse Saint Paul lorsqu’il écrit :
Si nous manquons de foi, lui restera fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.
Et, la prière d’ouverture de la célébration de ce matin ne disait pas autre chose :
Seigneur, que ta grâce nous devance et qu’elle nous accompagne toujours,
pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche.
C’est ce que nous demandons, du fond du cœur, en cette Eucharistie. Croyons que le Seigneur nous exauce lorsque nous Lui demandons la grâce nécessaire pour grandir dans notre foi, notre espérance, notre charité.
