Homélie·29 juin 2025·0 vues·0 j'aime·0 favoris
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Saint Pierre et Paul 2025

Solennité

Pierre et Paul, de l’opposition à l’union.

Lorsque Saint Paul écrit ses lettres, généralement il les adresse à une communauté précise. Généralement il s’adresse ainsi :
à l’Église de Dieu qui est à Corinthe.
aux Églises du pays galate.
Mais l’ouverture de l’épitre aux Romains est :
à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome.
Cette différence peut ne pas être anodine… Les églises locales, dans les différentes villes que Paul avait visitées, ces églises étaient constituées, organisées, avec des responsables, épiscopes, prêtres, diacres. Et Paul connaissait ces personnes précisément. Dans certains cas, il les avait nommés ou confirmés lui-même.
Concernant les chrétiens de Rome, Paul ne sait presque rien. Nous non plus d’ailleurs ! Nous savons que les Juifs à l’époque avaient plusieurs centaines de synagogues à Rome. Il est probable que les chrétiens se réunissaient par petites communautés dans la maison de l’un d’entre eux pour la célébration du dimanche. Il y avait deux groupes différents de chrétiens, les convertis du Judaïsme, et les convertis du paganisme. Les judéo-chrétiens ne célébraient habituellement pas avec les pagano-chrétiens.
De par ce que nous racontent les Actes des Apôtres, nous savons que Pierre avait été envoyé aux judéo-chrétiens, tandis que Paul convertissait les païens (Ac 2,7). Le clash entre Pierre et Paul à Antioche, que Paul raconte dans son épître aux Galates (Ga 2,11-16), avait laissé des traces entre les deux apôtres, même tous deux savait qu’ils travaillaient pour Jésus-Christ.
On peut imaginer que Pierre était à Rome lorsque Paul envoya aux Romains son Épître. Mais Paul ne mentionne pas Pierre dans sa lettre. Quelque temps après, Pierre écrivait se seconde lettre aux chrétiens disséminés dans le monde, où il parle de Paul en ces termes :
Et dites-vous bien que la longue patience de notre Seigneur, c’est votre salut,
comme vous l’a écrit également Paul, notre frère bien-aimé,
avec la sagesse qui lui a été donnée.
C’est ce qu’il dit encore dans toutes les lettres où il traite de ces sujets ;
on y trouve des textes difficiles à comprendre,
que torturent des gens sans instruction et sans solidité… (2P 3,15-16)
Visiblement, la relation entre les deux hommes reste difficile, chacun campant sur ses convictions et son bon droit.
Ainsi, lorsque le prisonnier Paul arrive à Rome, il fut accueilli par les pagano-chrétiens qui vinrent à sa rencontre
jusqu’au lieu-dit Forum-d’Appius et à celui des Trois-Tavernes (Ac 28,15).
Trois jours après, Paul invite les Juifs à venir le rencontrer, pour se justifier et prouver sa bonne foi et ses origines Juives. Mais il n’est nulle mention d’une rencontre avec Pierre ni avec les Judéo-chrétiens. L’inimitié entre les deux apôtres était encore vive.
Ces développements un peu historiques veulent montrer que la direction de l’Église naissante, avec ces deux fortes personnalités, ne fut pas simple. Pierre était conscient d’avoir été nommé par Jésus lui-même Pasteur du Troupeau. Paul, en Pharisien zélé mit toutes ses forces au service de Jésus après sa conversion sur le chemin de Damas. Les textes et les oraisons de la messe de ce jour montrent qu’ils étaient complémentaires, chacun avec sa spécificité. La tradition iconographique des deux saints est souvent représentée par le baiser entre les deux hommes. Ce qui montre bien que leur réconciliation fut longue et difficile. Les divisions ont donc toujours existé dans l’Église, et ce n’est pas innocent que nous utilisions l’icône de ce jour pendant la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens.
Pierre et Paul moururent martyr à Rome, mais pas pendant la même persécution. Une fois la paix relative revenue, les chrétiens de Rome ont estimé qu’ils devaient vénérer ensemble leurs deux apôtres, les deux fondateurs de l’Église de Rome. Saint Augustin déjà, affirme que la solennité unique de Pierre et Paul était célébrée depuis longtemps. Les oppositions entre les courants Juifs et païens s’étant estompés avec le temps, nous sommes heureux, fiers même, de vénérer ensemble les deux colonnes de l’Église de Rome.
En cette solennité des Saints Pierre et Paul, comme nous le suggèrent les oraisons et la Préface de ce Jour, demandons comme nous le propose la prière après la communion, que, assidus à la fraction du pain et à l’enseignement des Apôtres, nous soyons un seul cœur et une seule âme, solidement enracinés dans l’amour de Dieu.
                                    Père Bernard-Marie