Notre Père le Bienheureux Aelred nous a laissé un Sermon pour le début du Carême, pour le mercredi des Cendres. Au début de ce Sermon, il insiste sur les bienfaits de la sainte quarantaine, et nous rappelle que l’on retrouve à plusieurs reprises ce nombre sacré dans la Bible. Et nous pouvons y voir des significations diverses qui nous aideront à nous préparer à notre propre sainte quarantaine nous conduisant à la fête de Pâques.
Dès le Livre de la Genèse, Dieu fit pleuvoir sur toute la terre pendant quarante jours et quarante nuits, pour détruire tous les êtres vivants. Seul Noé et sa famille furent sauvés grâce à l’Arche, dans lequel il avait fait entrer aussi un certain nombre d’animaux et d’oiseaux. Cette première quarantaine pourrait être la descente aux enfers des hommes dont la méchanceté avait atteint des sommets (Gn 7,12).
Noé resta quarante jours dans l’arche sans en ouvrir les fenêtres. Puis, après que la colombe ne soit pas revenue, il ouvrit l’arche et se retrouva comme au Paradis, le mal ayant été éradiqué du monde. Dieu dit : Tant que la terre durera, semailles et moissons, froidure et chaleur, été et hiver, jour et nuit jamais ne cesseront (Gn 8,6.22).
Mais très vite le péché fit oublier, une nouvelle fois, le bonheur de la vie en Paradis.
Avant que Moïse ne reçoive les Tables de la Loi, il jeûna 40 jours et 40 nuits sur le Mont Sinaï (Ex 34,28). Ici il s’agit d’une préparation spirituelle pour rencontrer Dieu et découvrir combien Il veut notre bien. Moïse était au septième ciel, pour reprendre une expression chère à Saint Paul, expression qui pourrait vouloir dire aussi la béatitude du Paradis perdu.
De même Élie marcha quarante jours et quarante nuits avant de se réfugier dans la grotte sur la Montage, puis de rencontrer Dieu qui se manifesta à lui dans la voix d’un silence subtile (1R 19,11). Dieu parla au Prophète et lui donna une nouvelle mission. Ici aussi, ce fut une expérience spirituelle forte, qui marqua le prophète à vie.
Une autre quarantaine importante est celle de Jésus lui-même. Il fut conduit au désert où il jeûna quarante jours et quarante nuits. Après que le diable l’eût tenté et que Jésus en fut sorti vainqueur, les anges vinrent auprès de Lui et le servaient (Mt 4,11). C’est une nouvelle expérience du Paradis perdu, mais seulement brièvement retrouvé par Jésus, avant de commencer sa vie publique. Très vite Jésus a quitté ce Paradis, et il s’est enfoncé de plus en plus profondément dans la réalité du monde avec son péché et ses convoitises. Jusqu’à descendre aux enfers avant de ressusciter le Troisième Jour, le Jour de Pâques.
Pour nous, en ce jour de Jeûne et d’entrée dans la sainte quarantaine…
Faisons comme nous le suggère le Bienheureux Aelred : reconnaître que nous sommes en chemin, depuis le monde sensible vers notre éternité. Choisissons de suivre Jésus vers la gloire, de peur de tomber dans les futilités et de succomber aux sirènes de la gloire temporelle, passagère et caduque, qui pourrait nous faire tomber pour toujours dans les griffes du démon.
Après Pâques, nous célébrerons une autre quarantaine, celle que Jésus vécut entre terre et ciel, après sa résurrection, avant son Ascension. Par celle-ci Jésus nous montre bien que nous devons avancer dans le monde présent, en ayant conscience que nous sommes appelés à entrer avec Lui aux cieux.
En avançant à la suite de Moïse, d’Élie, de Jésus, nous aurons la joie de nous retrouver au septième ciel le Jour de Pâques pour chanter la gloire de Dieu et partager le chant des anges dans le ciel, notre dernière demeure, notre demeure éternelle.
Père Bernard-Marie
