Joseph et Marie sont partis en hâte de Nazareth pour aller se faire recenser à Bethlehem, la ville d’où était originaire le Roi David. Joseph s’y rendait en tant que descendant direct de David, mais il n’en avait ni la prestance, ni la richesse. Malgré le fait que Marie, son épouse, était enceinte et que le voyage à dos d’âne l’avait passablement épuisée, voilà que la naissance de l’Enfant est imminente.
Mais sans ticket d’entrée, sans beaucoup d’argent, avec les habits poussiéreux après une si longue marche, les aubergistes refusèrent d’accueillir le couple, surtout que gérer une naissance en pleine nuit allait leur causer des ennuis supplémentaires. Joseph et Marie n’ont d’autre ressource que d’aller se réfugier dans un de ces lieux où les bergers mettent leur troupeau à l’abri par temps de pluie et d’orage.
Ils ont dû se poser la question : voilà donc comment Dieu vient à notre secours, au moment de donner naissance à ce Petit d’Homme qui devra sauver son Peuple ; comme l’ange le leur avait annoncé. Personne pour venir à leur aide.
Pourquoi la liturgie de cette nuit nous rapporte-t-elle en première lecture ces nom merveilleux qui sont attribués à cet enfant :
Conseiller merveilleux, Dieu Fort, Père Eternel, Prince de la Paix.
Les chemins de Dieu ne sont pas les chemins des hommes… Dieu a souhaité que son Fils naisse petit enfant, humble créature, en tout dépendant de son papa et de sa maman. Dans sa Règle, Saint Benoît nous fait remarquer à juste titre, dans la chapitre de l’accueil des hôtes (chap. 53) :
C’est dans les pauvres et les pèlerins plus qu’en d’autres qu’on reçoit le Christ.
Pour les riches en effet, la peur qu’ils inspirent porte d’elle-même à les honorer.
C’est la raison pour laquelle Dieu envoya son Fils petit d’homme, frêle et dépendant en tout de Joseph et Marie. Le respect dû aux grands de ce monde n’est pas le chemin vers une relation vraie d’homme à homme. L’amitié naît dans une relation de confiance réciproque, plutôt qu’en référence au pouvoir ou à l’avoir.
Dieu le Père, en envoyant son Fils, n’a pas choisi d’autre chemin que ce qui est propre aux relations entre personnes. Les bergers sont les seuls à s’être intéressés au nouveau-né pour lui-même. Les mages sont venus d’Orient pour adorer le roi qui venait de naître, Hérode s’est empressé de tuer tous les nouveau-nés de peur d’avoir un concurrent pour son trône.
Dès la proclamation des Béatitudes au tout début de son ministère, Jésus annonçait :
Heureux les pauvres de cœur, Heureux les miséricordieux… (Mt 5,3.7)
Mais les gens ne l’ont pas compris ainsi. Très vite et jusqu’à la fin, Jésus a essuyé de la résistance, de l’opposition, Lui, le Prince de la Paix, le Sauveur. Le Peuple attendait un Messie, qui allait libérer le pays de l’occupant romain. Jésus est venu pour annoncer un autre Royaume, le Royaume de la Paix, de l’amour.
Ce ne sont ni le pouvoir, ni la richesse, ni la science qui ouvrent la porte de ce Royaume, mais la foi, l’espérance et la charité. Pour croire, il suffit de regarder autour de soi. Qui a créé tout cela ? Qui maintient tout en vie, en mouvement ? Mais l’homme refuse de se poser des questions et se contente de profiter de la Création, trop souvent en n’en prenant pas soin comme un bon gérant. Pour aimer, il suffit également de regarder autour de soi. Tellement de personnes vivent dans la pauvreté, souffrent à cause de malheurs de guerres, de problèmes de santé. Nous sommes invités à les aimer, comme Dieu les aime, comme Dieu nous aime.
Les bergers ont eu foi en la parole des anges et ils avaient la charité pour vivre ensemble même s’ils vivaient une vie pauvre et précaire. Le roi Hérode et ses comparses n’avaient ni la foi ni la charité pour reconnaître dans le Nouveau-Né celui que les Mages décrivaient. Les Mages, eux, espéraient en un monde meilleur, c’est pourquoi ils vinrent à Bethlehem à la recherche de ce Nouveau Roi.
À notre tour, en cette nuit de Noël, quels sont les cadeaux que nous souhaitons déposer aux pieds de l’Enfant de la Crèche ?
Croyons au message des anges et accompagnons les bergers pour adorer.
Aimons l’Enfant que nous découvrons dans la Crèche.
Proclamons que le Royaume de Dieu qu’Il vient instaurer est déjà en marche dans le monde et que nous sommes tous appelés à Le rejoindre dans les cieux.
Oui :
Un petit enfant nous est né à Bethlehem,
on l’appellera Conseiller Merveilleux, Dieu Fort, Prince de la Paix.
Père Bernard-Marie
